Adoptée début 2020, la Loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire prévoit notamment l’arrêt progressif de l’impression systématique des tickets de caisse pour les petits achats, en plusieurs étapes.

Avant même sa promulgation, de nombreuses enseignes avaient déjà sauté le pas, proposant à leurs clients et clientes de recevoir leurs tickets de caisse par e-mail ou SMS. Là encore, l’apport environnemental n’est pas si clair :

Envoyer un ticket de caisse par e-mail ne semble pas plus écologique que de l’imprimer ! Selon Frédéric Bordage, spécialiste en numérique responsable, « un mail avec un ticket de caisse dématérialisé, c’est 5 grammes de gaz à effet de serre et 3 centilitres d’eau. Le même ticket de caisse au format papier, on va être sur 2 grammes de gaz à effet de serre et 5 centilitres d’eau »

Extrait de mon livre blanc, La relation client “verte”

Il y a quelques jours, Carrefour et Système U ont tous deux annoncé qu’ils allaient mettre fin à la délivrance systématique des tickets de caisse dans leurs magasins.

Des tickets de caisse aux e-mails, une véritable amélioration ?

Sur le papier (recyclé), c’est bien. Mais il faut peut-être aller regarder un plus loin…

D’abord, parce que les deux promesses ne sont pas identiques :

  • Système U s’engage à réduire l’impression des tickets de caisse ET des reçus bancaires. Carrefour n’évoque que les tickets de caisse.
  • Chez Système U, tous les clients et clientes peuvent bénéficier de cette mesure. Chez Carrefour, elle ne s’adresse qu’aux porteurs et porteuses de la carte fidélité : cela réduit quand même très sérieusement la cible et, partant, le potentiel d’économie de papier.
  • Ce sont les caissiers et caissières de Système U qui proposeront de ne pas imprimer les tickets de caisse. Ce sont les clients et les clientes de Carrefour qui devront le demander.

Vu comme ça, Système U semble nettement plus volontaire que Carrefour dans cette démarche…

Pour ce qui est de la contrepartie digitale, en revanche c’est match (très) nul entre les deux enseignes. Toutes deux annoncent en effet qu’il sera possible aux adhérents et adhérentes des programmes de fidélité de consulter le détail de leurs achats via leurs espaces clients en ligne (ouf !). Système U précise qu’il sera possible de recevoir les tickets dématérialisés par mail (aïe !). Carrefour explique que ces derniers seront téléchargeables et imprimables (reaïe !).

Une mesure qui suscite des réactions mitigées

Cette mesure constitue une première en France pour de grands groupes de distribution alimentaire. Aussi, cette double annonce a été beaucoup relayée dans la presse, suscitant des réactions mitigées, qui posent quelques (bonnes) questions.

L’association Two Sides réunit des acteurs européens de la chaîne graphique autour de la défense de la performance environnementale du papier et de l’imprimé. Elle fustige naturellement “les idées reçues et des informations infondées” sur lesquelles repose cette annonce. Selon elle, les quantités de papier éventuellement économisées ne dépasseront pas 0,5% du papier utilisé en France ! On a quand même envie de lui rétorquer que c’est toujours mieux que 0% ! Nettement plus pertinent est l’argument selon lequel l’alternative digitale proposée a des impacts environnementaux importants :

Le stockage de données numériques pour une durée longue constitue une situation où les impacts du digital sont supérieurs à ceux du papier. En outre, le stockage de données numériques nécessite des serveurs, réseaux, smartphones ou ordinateurs qui n’ont évidemment rien de « dématérialisé », selon la formule usuelle reprise par facilité et qui n’en est pas moins trompeuse.

60 Millions de consommateurs reprend l’argument de cette pollution numérique, tout en citant les propos d’un de ses lecteurs.

S’ils veulent économiser du papier, « qu’ils commencent par supprimer leurs pubs des boîtes aux lettres. À votre avis, à combien de tickets correspondent les trois catalogues de pub reçus de Super U en une seule semaine ? 54 exactement. Soit, en ce qui me concerne, l’équivalent de 54 semaines de courses ! ».

Pas faux. Par ailleurs, cette initiative soulève d’autres questions plus pratiques et immédiates pour les clients et les clientes : comment pourront-ils justifier leurs achats ? Et vérifier les éventuelles erreurs ? Et enfin faire échanger les produits s’ils sont défectueux ou avariés.

Bref, voilà une initiative vertueuse sur le principe, mais qui nécessite visiblement encore quelques ajustements dans la vraie vie.

Tickets de caisse : une suppression qui pose question(s)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

10 − 6 =