C’est en 2015 et 2016 qu’ont été couchés sur le papier ces « Enjeux de la numérisation de nos vies », dans lesquels je synthétisais et illustrais les prises de paroles des intervenants et intervenantes de la 4ème Université d’été de la CFE-CGC Orange ! Mais pour l’univers du numérique, dans lequel tout évolue à vitesse grand V, deux ans, c’est une éternité ! Alors, à quoi bon prendre encore le temps de (re)lire cet ouvrage… ?

C’est vrai que, depuis 2016, beaucoup de choses ont changé. Mais, en fait, rien n’a vraiment changé !

Quand le numérique influe sur ma vie de consommateur

Sur toutes les lèvres en 2016, le Big Data s’est-il démocratisé depuis ? Non, car peu d’entreprises françaises sont équipées de plateformes permettant d’assurer le traitement de gros volumes de données… De fait, le Big Data reste difficilement maîtrisable par les entreprises non spécialisées, au même titre que l’intelligence artificielle, son prolongement naturel, qui l’a désormais supplanté dans les espoirs des entreprises et de l’Etat. En revanche, du côté des GAFA, l’exploitation des traces laissées par les internautes tourne toujours à plein régime, au point que le digital est devenu le premier poste d’investissements publicitaires, devant la télévision. Et puis, il y a toujours quelques « petits » scandales qui viennent rappeler à l’ordre les géants du Web, à l’instar de l’affaire Cambridge Analytica. Mais y prêtent-ils vraiment attention ? Quant à la réglementation, elle n’est pas à la hauteur des enjeux. Le Privacy Shield ? Décrié dès son adoption en 2016, il apparaît toujours comme un bouclier percé. Le Règlement Général sur la Protection des Données ? Des spécialistes du secteur le qualifient déjà de ligne Maginot, dépassée avant même son entrée en fonction.

Quand le numérique influe sur ma vie de citoyen

Promulguée en 2015 face au terrorisme, la Loi Renseignement partait d’emblée sur des bases… instables : « liberticide, mais également antiéconomique, et pour l’essentiel, inefficace par rapport à son objectif », affirmaient ses contempteurs. Et, malheureusement, l’efficacité des dispositifs mis en place ne saute pas aux yeux… Avant, il y avait eu Mohammed Merah, Charlie Hebdo, le Bataclan… et depuis, la Promenade des Anglais, l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray, les Champs-Elysées, la Gare Saint-Charles à Marseille, le Super U de Trèbes… Et pourtant, comment critiquer la trajectoire sécuritaire prise par la France sans passer pour irresponsable ? Ainsi, l’état d’urgence, mesure d’exception, a finalement été transposé dans la loi ordinaire, et son volet technologique renforcé par les amendements successifs. De la surveillance de masse ? Qu’importe, puisque l’opinion publique ne réagit pas : quelques mois suffisent, en 2017, pour mettre en place le fichier Titres Electroniques Sécurisés, pourtant sous le feu des critiques.

Quand le numérique influe sur ma vie de travailleur

Le droit à la déconnexion ! C’est à peu près tout ce que la Loi Travail de 2016 avait concédé au numérique. L’impact de ce dernier sur le travail et l’emploi n’a quasiment pas été évoqué durant la Présidentielle de 2017 – hormis dans le cadre d’un rapide débat sur le revenu universel. Cette problématique n’a pas vraiment été remise sur le tapis depuis, y-compris dans le cadre de la réforme du Code du travail de 2018 – ce qui n’est pas étonnant, les lois de 2016 et 2018 ayant le même instigateur. Et pourtant, il y aurait tant de questions à se poser et à résoudre à propos du numérique, qui détruit des emplois (de façon créatrice, vraiment, monsieur Schumpeter ?), impacte la nature même du travail, et contribue à la remise en question du modèle salarial. Alors qu’il exige une constante adaptation de la part des personnels, ces derniers se disent peu préparés aux transformations de leurs métiers et à l’obsolescence (programmée ?) de leurs compétences. Une problématique qui exigerait plus que du silence, non ?

Donc, tout change… et rien ne change.

Aussi, les questions auxquelles ce livre tente d’apporter des pistes de réponses sont toujours brûlantes d’actualité : « Peut-on encore consommer sans être influencé par une offre issue du traitement de nos données personnelles ? Est-on surveillé en permanence au nom de la sécurité de notre pays ? Y a-t-il encore un espace de liberté et de choix pour le travailleur ? ».

C’est pourquoi ces « Enjeux de la numérisation de nos vies » sont loin d’être obsolètes. Je vous invite à me contacter si vous souhaitez les (re)découvrir, en tant que consommateurs et consommatrices, citoyens et citoyennes, travailleurs et travailleuses.

Numérique : nos vies toujours en jeu

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